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Pratiques et risques

Sadomasochisme : Définitions, pratiques, risques et hygiène

Objet de beaucoup de fantasmes, taxé de perversion, de violence, le sadomasochisme, terme forgé de l’alliage au fer rouge du sadisme et du masochisme, renvoie de l’extérieur une image tantôt négative et perverse, tantôt stéréotypée et caricaturale. Une image qui, pour ceux qui ignorent tout du milieu et des usages SM, semble révéler les démons les plus brutaux de l’Homme.

Observé depuis ses entrailles, le SM repose surtout sur le pilier d’une domination s’instaurant contractuellement entre le maître dominant exprimant sa domination diversement — ce que nous aborderons au fur et à mesure que nous avancerons dans ce dossier dédié au SM et à ses pratiques — et le sujet masochiste obéissant aux moindres lubies et encaissant coups et insultes de son maître tel un boxeur replié dans les cordes.

De ce rapport de force asymétrique surgit alors une relation complexe établie notamment sur la dépendance réciproque du maître et de l’esclave et s’extériorisant par des pratiques érotiques, des symboles et des jeux sexuels où l’humiliation, la douleur, les émotions vives de honte, d’allégresse ou de crainte, sont autant de conducteurs du plaisir et de la jouissance.

Notions clés du SM, le bondage, la discipline, le sadisme et le masochisme composent un sigle connu de tous ou presque : le BDSM. Fondé sur un contrat strict liant le maître à son soumis, le BDSM comporte un vaste ensemble de pratiques et de jeux sexuels, dans lesquels l’utilisation d’objets, de tenues et d’accessoires, mais aussi et surtout la souffrance, la coercition et l’avilissement, véhiculent des plaisirs en apparence complémentaires et indissociables : le sadisme et le masochisme.

Les définitions du sadomasochisme

Comme vu en introduction, le reflet renvoyé par le sadomasochisme floute la réalité de la pratique et de ses us et coutumes. A titre d’exemple, le Larousse définit le sadomasochisme comme une « perversion sexuelle qui associe des pulsions sadiques et masochistes ». Le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales parle quant à lui de « Perversion sexuelle dans laquelle se combinent l'agressivité propre au sadisme et l'attitude de soumission qui caractérise le masochisme ».

Comment alors ne pas considérer négativement le SM lorsque le terme principal lui étant associé s’appelle « perversion », soit une propension aux conduites déviantes, immorales ou antisociales par rapport aux mœurs et à la morale générale ?

Autre écho résonnant dans les deux définitions proposées ci-dessus : la notion de complémentarité (« associe », « se combinent »). Cette notion de complémentarité entre le sadisme et le masochisme, le sadique et le masochiste, est toutefois mise à mal par les penseurs et particulièrement par les figures de la psychologie et de la psychanalyse que sont Gilles Deleuze et Jacques Lacan.

Ces derniers pensaient en effet que le sadisme et le masochisme n’étaient « ni de parfaits contraires, ni une parfaite complémentarité ». Ils appuyaient leur thèse principalement par l’absence de consentement escompté par le sadique. Ces considérations se basaient néanmoins sur leur domaine de prédilection, à savoir la psychanalyse, et non pas sur le sadomasochisme en tant que milieu et ensemble de pratiques et de jeux sexuels consentis mutuellement.

Ce qui nous permet d’aborder maintenant le sadomasochisme en tant que contrat entre adultes consentants. Cet accord mutuel définit les règles permettant une application des principes et des préceptes tels qu’ils ont été décidé d’un commun accord entre le maître et son sujet, deux figures représentant la dualité du terme « sadomasochisme » et de tout ce qui en découle. Dans cette définition, le sadomasochisme se comprend sans aucun doute comme un ensemble de jeux de rôles et de pratiques BDSM.

Le BDSM : La relation sadomasochiste comme jeu de domination et excitant sexuel

Aspirant à la jouissance, le BDSM comporte une infinité de codes, de symboles, de jeux sexuels, de jeux de rôles et de pratiques sexuelles allant du plus soft (bondage, travestissement) au plus hard (viol théâtralisé, asphyxie érotique). Mises en scène ou réellement ressenties, la douleur et l’humiliation sont deux des leviers de la jouissance sadomasochiste.

Du côté du maître – également appelé bourreau—, la jouissance est liée au fait d’infliger la douleur et l’humiliation, tandis que du côté du soumis, elle est tirée de la douleur et de l’humiliation subie. Or les apparences sont souvent trompeuses, et bien plus encore dans le BDSM. Ce serait en effet simplifier la complexité de la relation sadomasochiste que de la réduire à ce schéma de domination unilatérale.

La domination s’exerçant en apparence unilatéralement, c’est-à-dire du maître sur le sujet, est en réalité bien plus complexe qu’il n’y parait : les rôles ont en effet tendance à s’inverser de telle sorte que le sujet, le soumis, mène la danse. C’est à lui que revient par exemple le droit de prononcer le safeword, mettant ainsi fin à la séance, au jeu ou à la pratique en cours. Nous y reviendrons plus longuement dans la partie sur les risques et l’hygiène dans le BDSM (voir ci-dessous).

A noter que les jeux BDSM peuvent se dérouler lors de séances comme sur une plus longue durée, de façon permanente ou sporadique.

La terminologie du BDSM en vrac

Sadisme : Recherche, par le sadique, de plaisir sexuel dans la souffrance physique ou morale de l’autre, qu’elle soit infligée par ses soins ou qu’il en soit le témoin. Dans le BDSM, le sadisme est représenté par les figures du maître ou du bourreau. Il est la partie active dans les jeux de rôle et autres jeux sexuels. C’est par exemple lui qui tient le fouet ou qui ligote.

Masochisme : Recherche de plaisir sexuel dans la douleur et l’humiliation endurées. La notion de passivité est souvent mise en exergue pour définir le masochisme. Le masochiste, nommé soumis ou sujet dans le jargon SM, est ainsi celui que l’on bâillonne, que l’on menotte, que l’on chatouille, que l’on déguise, que l’on momifie, que l’on animalise, celui à qui l’on donne la fessée ou la bectée.

SM : Il s’agit du sigle signifiant « sadomasochisme » désignant le rapport de domination et les pratiques et qui est souvent accolé aux noms des accessoires utilisés lors de séances sadomasochistes (voir ci-dessous).

Soumission : La soumission est le pendant de la domination dans le BDSM. Elle est l’expression de l’acceptation et de la reconnaissance de l’autorité du dominant sur le dominé. Elle s’exprime notamment au travers de jeux de rôle lors desquels l’uniforme ou le déguisement peut être le marqueur de la soumission (costume de soubrette ou de valet, cagoule, etc.). La soumission peut également être mise en scène par le biais de pratiques sexuelles humiliantes telles que le facesitting ou l’urolagnie, ou encore par le biais de privations dont la cage de chasteté en est l’exemple le plus parlant.

Domination : La domination est l’autre versant de la soumission et lui donne son sens. Et inversement. Elle se caractérise par la mainmise du maître sur son sujet. Elle s’exprime de diverses manières et par divers symboles, notamment par l’utilisation d’accessoires SM, par les insultes, par les ordres, etc. La domination s’exprime aussi au travers des jeux de rôles, tels que les jeux de service ou le jeu de l’instituteur et de l’élève. Le port de l’uniforme est un moyen parmi d’autres pour le dominant de montrer sa supériorité et d’imposer emblématiquement sa domination sur le dominé (uniforme de policier, par exemple).

Maître ou dominateur : Dans de nombreux cas, le maître est la figure de proue de la relation sadomasochiste. Il incarne la domination et l’autorité, parfois au sein du couple et d’autres fois dans le cadre d’un contrat sadomasochiste passé entre deux ou plusieurs personnes, en club SM ou en privé contre rétribution. Lea maître use du pouvoir qui lui a été confié pour humilier ou faire souffrir son sujet. C’est en cela que l’on peut percevoir dans cette relation de domination un renversement des rôles : c’est effectivement le soumis qui s’offre à son maître, qui lui donne les rênes et qui parfois même le paye pour l’humilier. En effet, certains dominateur se font payées pour exercer leur domination sur un sujet demandeur. L’argent devient dans ce cas-là le lien de la relation qui oblige le maître envers son soumis. Notons cependant que d’autres jouent ce rôle de façon ludique à des fins purement sexuelles et jouissives.

Soumis ou dominé : Assujetti à un maître, le dominé prend le rôle de « victime ». Recevant les coups de fouet et les humiliations, portant le monogant, la cagoule, le corset ou la cage de chasteté, ligoté ou menotté, revêtant le rôle de soubrette ou de valet, réduit au statut d’animal dans certains jeux, le dominé est un protagoniste majeur sur la scène du BDSM. D’apparence totalement soumis à son dominant, à qui il prête allégeance et obligeance, il se trouve en fait à l’origine de la relation de domination à laquelle il se cède entièrement. Là se trouve un des paradoxes du SM.

Bondage : Le bondage est une pratique sexuelle contraignante consistant à ligoter son partenaire sexuel subordonné à l’aide de cordages, de corsets, de camisoles, de combinaisons latex et autres carcans. Rendu immobile par les liages, le soumis se retrouve à l’entière merci de son dominant. Par ailleurs, certains artistes ont élevé le bondage au rang d’art visuel, symbole de transcendance du corps.

SM gay : Le sadomasochisme homosexuel, ou SM gay, désigne, comme son nom l’indique, la pratique de jeux sexuels sadomasochistes par des personnes homosexuelles. Il existe une importante scène sadomasochiste gay.

Pornographie SM : La pornographie SM est la représentation littéraire, artistique ou cinématographique de la sexualité sadomasochiste et des jeux et pratiques BDSM.

Contrat sadomasochiste : Pour faire simple, le contrat sadomasochiste est le pacte établissant la relation de domination entre le masochiste et le sadique, le soumis et le dominant, le sujet et le maître. Y sont fixées des règles sur les comportements à adopter et les règles à respecter et éventuellement sur les types de pratiques et de jeux BDSM. Ce contrat n’est pas nécessairement écrit, bien qu’il puisse être rédigé. Un safeword (mot de sécurité) y figure. Signal verbal ou gestuel, celui-ci met immédiatement fin à la séance. Il est souvent déterminé au début de la séance par les participants.

Safeword : Le safeword est un mot de sécurité ou un signe qui sert à interrompre le jeu. Certains mots reviennent plus souvent que d’autres dans le jargon : « orange » pour signaler que la limite du supportable n’est plus très loin, « rouge » pour mettre fin à la pratique, au jeu ou à la séance.

Liste non exhaustive du matériel sadomasochiste

  • Monogant
  • Menottes
  • Collier
  • Camisole
  • Minerve
  • Sac d’enfermement
  • Bâillon
  • Gag ball (Bâillon boule)
  • Cagoule
  • Croix de saint André
  • Bandeau
  • Fouet
  • Martinet
  • Cravache
  • Ceinture ou cage de chasteté
  • Bottes en cuir
  • Pinces à téton
  • Plug anal
  • Bougies
  • Tenues moulantes en cuir
  • Anneau pour sexe (cockring)
  • Piercing
  • Chapelet anal
  • Queue de chien
  • Et bien plus encore !

Risques, hygiène et règles de sécurité dans le BDSM : Le safeword comme dernier recours

Notre dossier sur le sadomasochiste et le BDSM touchant à sa fin, il paraissait essentiel d’évoquer les règles qu’il faut connaître et respecter à tout prix quand on veut participer à une soirée BDSM ou que l’on cherche un maître ou un soumis. Le consentement mutuel est la première grande règle à ne pas briser. Tous les actes ayant lieu au cours d’une séance ont été discutés avant, parfois au cours de la séance. Il est strictement interdit d’aller à l’encontre du consentement de l’autre et de dépasser les limites fixées au préalable. Le safeword doit ainsi être respecté dès qu’il a été prononcé ou signalé par un geste prédéfini.

L’autre chose primordiale pour limiter les risques est de consulter un médecin avant, du moins ne pas faire une séance SM en mauvaise santé. Il est en effet vital d’être en forme, notamment pour le bondage et les jeux de contrainte qui peuvent provoquer un étouffement ou un malaise (entre autres). C’est pourquoi les personnes sujettes à l’asthme, à des insuffisances respiratoires ou cardiaques doivent tout particulièrement faire attention aux jeux de bondage et de contrainte.

Des précautions sont aussi à prendre en matière d’hygiène afin d’éviter les IST et les MST. L’utilisation du préservatif est très vivement conseillée, et cela même pour l’usage de sextoys et autres objets amenés à être en contact avec les muqueuses. Les pratiques de l’urologie et de la scatologie doivent pareillement être soumises à des règles de sécurité très strictes, tout particulièrement pour l’ingestion d’excréments : une intoxication ou une infection est très probable, c’est pourquoi le lavement d’estomac peut s’imposer après ce type de pratiques dangereuses.

Terminons avec une règle d’or pour prendre part à une séance BDSM : l’alcool, les drogues et les médicaments sont tout bonnement proscrits dans les cercles SM. En plus d’altérer les sens, ils augmentent les risques de complications (malaise, suffocation, hémorragie, etc.).

Voilà, nous espérons que ce dossier vous aura aidé à découvrir le sadomasochisme et ses principales notions. Et gardez à l’esprit qu’il ne s’agit là que d’une introduction au SM dont l’univers infini mériterait des milliers pages supplémentaires…

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